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Dooweet Agency - Progressive Atmopsheric Metal - France - 7 Octobre 2016 - 8 titres – 57 minutes

D’ordinaire, tout ce qui est étiqueté « Symphonique », « Progressif », « Epique », et colégram me fait fuir comme une urticaire déclenchée par un bosquet d’orties. Un peu comme la trilogie de Jackson, les bouquins de Tolkien, les albums d’EPICA ou les gens qui portent des vêtements médiévaux et qui se parlent comme au 16ème siècle. 

Mais…

Je suis aussi têtu, dans le bon sens du terme. Je ne refuse pas de m’écarter de mes sentiers un peu trop bien battus, au cas où une bonne surprise m’attende au coin de la rue de l’inconnu. C’est en me basant sur ce principe que j’ai décidé de consacrer ma plume au troisième album du collectif WEDINGOTH, chaperonné par l’infatigable boite de promo Dooweet, qui ne tarit pas d’éloge sur ses nouveaux poulains. A raison ou à tort ? Chacun se fera son idée, mais il y a toujours anguille sous roche avec cette équipe, d’où mon intérêt matinal qui finalement, sans se transformer en épiphanie musicale, m’aura au moins fait comprendre que les œillères ne sont pas le meilleur moyen d’avoir une vision globale de l’art. 

WEDINGOTH, c’est un quatuor, qui selon sa page Facebook vient des quatre coins de la France, PACA, Île de France et Rhône-Alpes, et qui a déjà deux albums longue durée à son actif. On retrouve dans les rôles principaux de ce troisième acte Cyril Broult à la batterie, Manon Fortin à la basse, Céline Staquet au chant, et surtout Steve Segarra en tant que maître d’œuvre et compositeur, arrangeur et bien évidemment guitariste. C’est lui qui peaufine la direction artistique du groupe, qui signe les compositions, mais même en mentor absolu du projet, ce dernier laisse quand même suffisamment de latitude à ses lieutenants pour qu’ils puissent s’exprimer librement. 

Et libre, la musique de WEDINGOTH l’est, sans conteste. Après Candlelight en 2009 et The Other Side en 2012, les frenchies proposent donc un nouvel effort qui ne renie en rien leurs origines, Alone In The Crowd, qui sera disponible dès le sept octobre en version limitée CD que vous je conseille de vous procurer si le Metal puissant et progressif est votre livre de chevet musical favori. 

Conceptuellement, ce troisième effort répond à des critères thématiques très précis, décrits dans une synthèse promotionnelle assez sommaire. 

«Sous le signe d'une musique plus rock progressif alliant l'agressivité du Metal, l'opus développe les sentiments d'un être humain sous l'emprise d'un choc émotionnel dégradant son esprit lui coupant du monde qui l'entoure. Cet album trace le parcours du personnage depuis la noirceur de ses tourments jusqu'à l’élévation de

la lumière salvatrice. Sommes-nous ce que le passé à fait de nous ? » 

 

Cette dernière interrogation, assez sibylline dans l’esprit, est pourtant le nœud du problème qu’il faudra desserrer pour comprendre les aspirations de WEDINGOTH au moment d’aller de l’avant dans leur carrière. Sont-ils eux-mêmes liés à leur passé au point de ne pouvoir l’occulter pour continuer à avancer, et par extension, leur musique doit-elle payer un lourd tribut aux sempiternelles références du style pour exister en tant que telle ? Prosaïquement, les pistes de ce Alone In The Crowd témoignent en effet de la présence d’un groupe parmi tant d’autres, qui se nourrit de références évidentes tout en les juxtaposant à un style très personnel. En faisant le choix de laisser leurs chansons respirer à outrance, le quatuor a pris le risque de se perdre dans les méandres de sa propre pensée, mais parvient pourtant à tirer le fil d’Ariane pour que l’on puisse le suivre sans l’emmêler. On trouve dans leur musique des clins d’œil au Progressif des années 70, à celui plus métallisé des années 80 et 90, mais aussi des emprunts Folk assez évidents, transfigurés par des fulgurances électriques assez puissantes. 

Techniquement parlant, les quatre musiciens connaissent leur affaire. Inutile de les juger individuellement, ils sont au-dessus de tout soupçon, mais c’est leur osmose qui fascine le plus. Si certains écueils inhérents au flot du Metal dit « progressif » ne sont pas complètement évités, WEDINGOTH parvient quand même à imposer sa patte en ménageant de nombreuses interventions mélodiques assez délicates, qui contrastent avec des passages plus affirmés et puissants.

 

Une production claire leur permet d’explorer des territoires assez fascinants en soi, comme le démontre avec poésie la splendide ballade aux voix mêlées « Sing the Pain », qui nous emmène sur des rivages d’une absolue pureté. Le travail vocal de Céline est d’ailleurs assez remarquable, la chanteuse utilisant une palette relativement étendue qui l’éloigne des cris hystériques et poussifs des Castafiore de supermarché. Le morceau se termine même dans un crescendo très bien amené qui garde les couleurs en demi-teinte de sa première partie, plaçant même un solo très affiné qui n’en fait pas trop. S’il est impossible de ne pas rattacher le premier pavé « Alone in the Crowd » aux plus grandes icônes du genre, DREAM THEATER et SAVATAGE en tête de liste, en passant par le dernier LACUNA COIL, les clins d’œil et emprunts ne sont jamais flagrants, et ce, même si le groupe ose le pari de l’épilogue à rallonge avec deux titres qui à eux seuls occupent un tiers du métrage sonore. 

Mais l’intro très Doom de « Beyond Their Lies », qui ménage quelques effets à la BLACK SABBATH/CANDLEMASS permet de s’affranchir un peu des contraintes trop pesantes du Metal Progressif moderne, et ouvre des perspectives très intéressantes pour nos hôtes du jour. En se basant une fois de plus sur des nappes vocales qui s’entremêlent et tissent des liens ténus avec la musique occulte des seventies, les WEDINGOTH caressent dans le sens inverse du poil et s’évadent d’une prison aux barreaux un peu trop solides, pour finalement faire la nique à bien des institutions comme DREAM THEATER.

Oser, c’est un verbe qui leur sied parfaitement, et le final « Alone In The Crowd Part II », beaucoup plus lumineux confirme cette excellente impression. Harmonies précieuses et loin de toute vulgarisation, profondeur de composition qui refuse les gimmicks du pilotage automatique, Alone In The Crowd parvient à se hisser au niveau d’un Metal évolutif et riche, et pas uniquement Progressif. Loin des poncifs du genre qui commencent vraiment à nous les briser menu, ce troisième album confirme que les WEDINGOTH sont beaucoup plus qu’une énième entrée dans le grand dictionnaire des combos progressifs et symphoniques, à tel point que je me refuse en fin de compte à les affilier à un quelconque courant. 

Petites trouvailles instrumentales intelligentes, compositions beaucoup plus complexes qu’une simple accumulation de moments de bravoure, Alone In The Crowd est un véritable recueil de chansons, de mélodies qui s’incrustent dans votre âme, et qui construisent une histoire attachante qui peut concerner n’importe lequel d’entre vous.

Un groupe qui finalement semble assez perdu dans une foule de plus en plus compacte et anonyme. Mais dont ils peuvent s’extraire assez facilement, pour peu qu’ils continuent de faire ce qu’ils ressentent et non ce qu’on attend d’eux.