TreeCircle Of Dogs - Hardcore Fusion - USA - 16 Juin 2015 - 15 Titres, 39 Minutes

La Bay Area n'est plus ce qu'elle était...A une époque, le Thrash y était roi, les mecs portaient des jeans, des T-shirts, des baskets, c'était propre et net. Enfin les baskets pas trop quand même...Aujourd'hui, c'est devenu le bordel. Vous savez ce qu'on y trouve? Des lapins nucléaires qui d'un coup de baguette magique, se transforment en Arbre de la honte. C'est pas le foutoir ça? Les temps changent, et tout part en couille.

NUCLEAR RABBIT, c'était déjà pas mal foutraque. Gentiment mais fermement. Du coup, en voilà deux ex qui se décident à remettre le couvert, et Greg Parrish ainsi que Jason Branyan, respectivement chanteur et guitariste se mettent en quête de nouveaux partenaires. Une section rythmique de Erik Robertson et Todd Sipes plus tard, ils transforment leur lapin en arbre, nous sommes alors en 2013. Ils se posent eux mêmes en vétérans, assument leur héritage pas vraiment clair, et foncent, broient, mélangent, et captent l'air du temps dans toute son exhaustivité naturelle. Ils le disent sans ambages, ils raclent un peu partout, mettent dans leur musique toutes leurs influences, aussi disparates et incomplètes soient elles, et observent la collision dans le chaudron.

Un simple coup d'oeil à leurs maîtres à penser suffit à comprendre l'absurde de la situation. Gojira, Michael Jackson, Killswitch Engage, Dredg, Audrey Fall, Ministry, c'est effectivement un beau marché, mais ils auraient pu en rajouter deux ou trois.

Je ne sais pas, un peu de Faith No More par exemple, pour les changements de ton qui tombent dans l'incongru et l'imprévu, et puis un truc à la louche plus violent, genre Full of Hell, pour ces montées de testostérone soudaines qui échappent à tout contrôle...En gros comme en détail, TREE OF SHAME n'a honte de rien. Des pensées et des sentiments qui mettent mal à l'aise? C'est un peu ce que propose leur album en effet, mais eux par contre n'ont pas du tout l'air d'être inconfortablement installés.

Quinze chansons, la plupart courtes et multidirectionnelles, parfois gag ("Know", huit secondes de vocoder, "Hate" acoustique et enregistrée sur un vieux Revox), mais jouent parfois les prolongations, et rappellent dans ces moments là les climats feutrés et vicieux de la bande à Patton ("Slow Leak", à l'intro tellement ressemblante qu'on s'y tromperait presque, et qui subit les mêmes cassures bruitistes, "Fuck Your Hero", bucolique et sautillante, à la limite de la Country niaise, elle aussi striée de fulgurances Core). Le reste se situe plus dans une norme qui du coup ne veut plus dire grand chose entre les mains de ce quatuor sans foi ni loi. Si le message est clair, et présenté dès le début du LP ("Tiny", paradoxe énorme entre le Funk Fusion de FNM et le Core moderne, hargneux et grondant), il dévie parfois vers des  digressions mi acoustiques mi Néocore ("Before The Screaming"), ou au contraire des ruées Fastcore qui s'adoucissent au gré de mélodies délicates dominées par une basse subtile et ronde ("Unseen").

Mais le groupe n'est jamais aussi franc que dans ses aveux les plus directs. Ainsi, ils affirment haut et fort qu'ils aiment le bien ("I Like Good" qui se vautre dans un Néocore à la double grosse caisse très libre, qui tend à penser que le legs de SYSTEM OF A DOWN a trouvé son bénéficiaire), qu'ils trafiquent quelque chose avec la flotte ("Trading Water", apaisé comme une ballade western de fin d'après midi), avant de laisser parler le groove Métal le plus franc et massif ("Man On an Island", qui se plaît bien à rompre la monotonie d'arpèges nerveux et d'une ligne de basse caressante).

Je pense qu'à partir de là, en vous basant sur ces quelques analyses un peu abstraites, vous n'aurez pas compris grand chose. Mais c'est normal - et voulu - alors c'est maintenant que le vrai boulot commence. Comme beaucoup d'autres disques, A Series of Uncomfortable Thoughts and Feelings est fidèle à son titre, et provoque, stimule, agace par moments, mais ne laisse pas de marbre. C'est un disque riche, qui fourmille d'idées, qui semblent parfois assemblées à la hâte, mais est ce vraiment un défaut, tant sa ligne conductrice est limpide : la liberté de ton. Il faut donc l'écouter, découvrir ses pistes, et les laisser propager leur magie, si personnelle. Mais en fouillant bien dans les recoins, vous trouverez certainement de quoi vous rassasier. Du Métal, du Hardcore, du Funk, de l'Indie, du lo-fi même parfois, et de temps à autres, tous les ingrédients mélangés pour aboutir à...je ne sais pas, c'est trop intime sans doute.

Ils étaient clair les mecs en T-shirt et baskets de la Bay Area. Ils jouaient du Thrash. Maintenant, ils finassent, font les malins, et distribuent les cartes comme bon leur semble.

Cette génération ne semble en fait n'avoir qu'un seul but. Vous faire éprouver une succession de sentiments et de pensées assez inconfortables.