Epic-Death-Witchcraft-cover

Bast Records - Epic Black Death - USA - 11 Décembre 2015 - 10 titres – 44 minutes 

Ces pauvres sorcières, pourchassées durant l'Inquisition n'en finiront donc pas d'influencer les groupes de tous bords de par le monde et le temps...Il faut dire que leur histoire, du Malleus Maleficarum à Salem est riche d'anecdotes cruelles et d'occultisme impénétrable...Cette fois ci, elles sont représentées par une charmante créature aux formes alléchantes, ornant la pochette d'un premier album aussi surprenant qu'efficace, dans un style croisé très atypique. Pas sur qu'au Texas elles soient l'emblème d'une quelconque forme de liberté individuelle, mais du côté de Houston, on leur voue un culte suffisamment éloquent pour leur consacrer une pochette d'album en tout cas.

De Houston, on attend plus la communication avec la navette, mais on prend les devants pour explorer l'espace. C'est dans cette perspective qu'un certain Dennis Dorsett a assemblé son projet aux alentours de 2010, après avoir participé à quelques aventures notables au sein de AGGRAVATED ASSAULT, CHAOS, MISCHIEF, ou NEVERDEAD. Une fois les complices parfaits trouvés (Becky Dorsett, clavier/chant, Nathan Chance, guitare, Justin Riddler, basse/chant, et Reece Stanley, batterie), le projet se met en branle et arpente les scènes locales en support de gros noms bien établis (NILE, FINNTROLL, MUSHROOMHEAD), travaille son répertoire pour accoucher aujourd'hui de son premier effort, tout logiquement intitulé Witchcraft. 

Selon leur bio assez fournie, ils se réclament d'une musique "qui serait la bande son de la révolution d'une liberté individuelle concrète". Message reçu, un peu abscons au demeurant, mais il n'est pas difficile d'en assimiler les principes une fois la musique entendue. A ce niveau là, situer EPIC DEATH est relativement simple. Si leurs morceaux évoluent au gré d'humeurs, ils empruntent leur puissance au Black Metal, l'agrémentent d'une solide dose de Death technique, et augmentent la pression par quelques arrangements directement issus du Métal symphonique. Il n'est donc pas étonnant de les voir citer SLAYER, DIMMU BORGIR, CRADLE OF FILTH ou DEATH à titre d'influences, puisque celles ci sont relativement évidentes dès la première écoute.

Le nom de DEATH lâché à la volée n'est pas innocent non plus, puisque certaines rythmiques au cordeau rappellent bien la précision si chère à feu Chuck, mais une fois tout ça assemblé, la vérité globale se dessine, et EPIC DEATH se veut plus qu'une somme de références superposées. 

La rudesse du Death, la puissance du Thrash et la grandiloquence du Black symphonique n'empêchent pas le quintette de se souvenir de ses racines typiquement Heavy, même si celles si sont entrevues à travers le prisme de leur Crossover, et lorsqu'ils s'essaient à l'exercice de la reprise hors contexte, le "Poison" d'ALICE COOPER reçoit un traitement de choc. Même si la mélodie est bien là, il est parfois assez difficile de reconnaître la structure globale de ce hit tiré de Trash, et on pense à ce moment là aux figures de style d'ATROCITY, ou au retraitement de "Temple of Love" des SISTERS OF MERCY par CREMATORY. Mais voyons cela comme un petit plaisir coupable, qui s'intègre parfaitement à un LP très personnel qui ne rechigne pas à s'écarter de sa voie. 

En signant des chansons courtes et concises, EPIC DEATH a mis tous les atouts de son côté. Il eut été facile de se perdre dans le dédale du Black à tendance symphonique, écueil brillamment évité par des compositions reposant toujours sur un riff fort et une thématique solide. Parfois, l'émotion pointe même le bout de son nez lorsque Dennis évoque sa jeunesse et la perte tragique de son père dans le morceau d'intro "Hide", qui ne ménage pourtant pas l'énergie ou la puissance. Le décalage entre la sincérité touchante du texte et la violence de la partie instrumentale est très choquant, mais des vers comme "Les années passent, du berceau à la tombe, en une fraction de seconde, nous disparaîtrons aussi" apportent une dimension très humaine à une musique foncièrement violente, mais toujours musicale et harmonique. 

Un très gros travail a aussi été accompli au niveau des arrangements, et "Dragon's Blood" évoque à merveille une rencontre fortuite entre CRADLE et IMMORTAL, avec une touche gothique pesante en arrière plan, tirant partie des meilleurs côtés des deux exemples abordés. Un peu Viking parfois dans l'esprit, Witchcraft est loin du Black occulte que nous étions en droit d'attendre, et reste fidèle à une éthique juxtaposant la mélodie au chaos, sans jamais se renier. Impressionnant de bout en bout, il est assez difficile de croire que Witchcraft n'est qu'un premier album, tant sa maîtrise et son professionnalisme impressionnent. On sait que les musiciens ont du métier derrière eux, mais l'osmose générale entre chaque individualité est relativement bluffante quand même... 

Mais comme ils l'affirment bien haut eux même, "Things are bigger in Texas", et ce premier LP en est une preuve indéniable. EPIC DEATH avance, la tête haute, et lâche quelques psaumes/bombes sur son passage, comme ce "Eye Of The Storm", qui cavale sur une rythmique échevelée, dispensant quelques riffs typiques de la NWOBHM, soutenus par un clavier arraché au Black des 90's.

Et lorsqu'on est capable de terminer son travail par un morceau aussi foncièrement Thrash/Black que "Incantation Of Epic Death", c'est qu'on connaît ses classiques par coeur, et qu'on est capable de les adapter à sa personnalité. Alors avec une armada de guitares qui résonnent dans tous les coins, avides d'harmonies et de riffs tranchants, un chant qui module pour en adopter les contours, un clavier qui sait s'affirmer sans déformer, et une rythmique aussi volubile que diserte, l'affaire est quasiment gagnée d'avance. Et même si les structures sont parfois assez complexes, le tout dégage une forte impression de sincérité, et se permet parfois quelques fantaisies de bon goût ("Karma's a Bitch" et son clavecin étrange), tout en restant abordable et concis. 

EPIC DEATH ne se ferme aucune porte, et fait ses choix en restant libre. Ce premier LP est vraiment impressionnant de contrôle tout en restant instinctif, et place le quintette aux premiers rangs d'une nouvelle scène Black Texane qui décidemment ne fait rien comme tout le monde. Mais cet amalgame savoureux de courants extrême s'avale d'un trait, comme un alcool fort teinté de nuances douceâtres. Les sorcières peuvent être fières de leurs arrières-arrières petits enfants, qui pérennisent leur liberté de culte de façon respectueuse et intelligente. 

Et inutile de porter les EPIC DEATH jusqu'au bûcher, leur musique les a ignifugés depuis longtemps.