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Napalm Records - Alternative Rock - Pays-Bas - 29 Avril 2016 - 10 titres – 35 minutes

Dans l’éternelle série « je ne connais pas tout mais je fais des efforts même pour m’intéresser à des choses qui à la base ne devraient pas m’intéresser », j’ai découvert ce matin le trio Hollandais NEMESEA. D’ordinaire, ce genre de groupe passe allègrement à la trappe, pour une raison aussi superficielle que subjective. Je déteste formellement les groupes de Metal classique à chanteuse. Par Metal, j’entends vraiment Metal, et pas affilié. Peut-être que mon aversion se dirige en effet plus précisément sur les combos de Metal symphonique ou proto-gothiques, mais la règle est quasiment immuable. Généralement, ce genre d’envolées lyriques ou ces accumulations de clichés d’Halloween me donnent mal au ventre, et je déteste ne pas me sentir bien. Mais il existe des exceptions à toute règle. Sinon, à quoi bon établir des règles, si ce n’est pour les transgresser un jour ou l’autre ?

Alors nous y voilà, lundi matin, exception. Et écoute du quatrième album studio des Hollandais de NEMESEA. Et bien que tout me portait à croire que cette chronique allait être réglée en quelques poncifs et autres formules lapidaires, je me suis laissé prendre à mon propre piège…

 

Quoique je dispose de circonstances atténuantes. En effet, NEMESEA ne propose pas un énième Metal symphonique faisandé avant d’avoir été servi, ni une espèce de Metal faussement sombre aux arrangements dignes des articles de la Toussaint de chez Gifi. Non, le trio Batave (Sonny Onderwater – basse, Hendrik Jan de Jong – guitare et Manda Ophuis – chant), évoluerait plutôt dans les sphères d’un Rock alternatif, fortement teinté d’électronique, mais aussi de Pop, et ne s’aventure que très rarement sur les terres du Metal pur. Et c’est certainement ce décalage qui leur permet d’éviter bien des pièges et clichés, et de proposer une musique sinon originale, mais au moins diablement bien agencée. 

Quatrième LP donc, faisant suite à l’initial Mana en 2004, In Control en 2007 et The Quiet Resistance il y a cinq ans.

 

Cinq ans, c’est très long, et c’est un laps de temps qui malheureusement peut vous faire tomber dans un irrémédiable oubli….Il fallait donc frapper très fort, soigner ses compos, et c’est exactement ce que les trois musiciens ont fait. Sans être une épiphanie musicale, Uprise est une très bonne surprise, qui respecte le passé du groupe tout en le tournant vers l’avenir.

 

Si les sites référençant le parcours de Manda & co s’amusent à quelques comparaisons généralistes avec les immanquables AFTER FOREVER, DELAIN et autres KRYPTERIA, je vous rassure de suite farouches détracteurs de ces groupes qui tournent en rond. NEMESEA n’a absolument rien en commun avec ces références. Pas de gros riff bateau ici accompagnant un tapis de textures usé jusqu’à la corde, pas de grandes envolées pseudo lyriques irritantes, juste un très bon Rock alternatif à forte consonance Pop, dans un style qui se rapprocherait de l’approche Nord Européenne du style. De solides chansons, construites comme de petits tubes Pop cousus sur mesure, des mélodies pas si évidentes que ça, et surtout, de la brièveté, et de la concision. En gros, un disque de Pop Rock traité façon Rock, diablement accrocheur et qui laisse un très agréable goût sucré dans les oreilles, sans s’apparenter à une guimauve de foire.

 

NEMESEA n’est pas là pour vendre des pommes d’amour, mais bien du Rock. Certes, celui-ci est abordable, sans aspérités, mais joué à l’envie et étale une belle énergie. Les trois instrumentistes sont très capables, et surtout, ouverts à pas mal d’influences extérieures au Rock. Difficile d’établir une comparaison avec qui que ce soit, mais j’ai aimé voir en Uprise une jolie moyenne entre la carrière d’Anneke van Giersbergen en solo et les cinématiques THE MURDER OF MY SWEET, sans leur côté grandiloquent bien sûr, d’où mon désir de parler de « moyenne » entre les deux. Il est évidemment possible de trouver d’autres points de repère hors de la sphère Hard-Rock, tout comme il est raisonnable de citer les morceaux les plus « ouverts » de DREAM THEATER, comme « I Walk Beside You », qui peuvent aussi servir de tuteur solide.

On pense même parfois à des exemples plus incongrus, comme Enya sur le très joli « Light Up The Sky », mais lorsque le trio Hollandais se décide à débrider son moteur sur un up tempo très dansant, ça nous offre un bon moment d’énergie mélodique et synthétique pur, comme le démontre le terriblement efficace « Get Out », au charme Pop Rock juvénile enivrant.

 

NEMESEA privilégie les formats courts, et c’est un choix très pertinent. Pas de longue suite pompeuse à avaler d’un trait, juste une poignée de titres concentrés sur une ou deux idées porteuses. Alternance de Rock light, de ballades tout sauf stériles, et de moments plus électroniques, Uprise couvre un spectre sonore très large, passant allégrement de l’ouverture énergique « Hear Me », très addictive dans son créneau EVANESCENCE Pop, à « Hold On » fausse ballade acoustique qui dégénère vite en explosion Pop Rock à la MUSE, sans le côté « plein la gueule » qui m’a toujours profondément ennuyé.

 

Un album fort, aux chansons plus profondes que l’aspect marketing ne le laisse entrevoir, et qui nous offre de jolis moments d’intimité, comme ce « Let It Burn » et son intro dominée par quelques lourdes notes de piano et la voix toute en retenue de Manda, qui explose enfin à l’occasion d’un refrain presque Dream Pop. Le groupe ne supporte aucune barrière, et les fait chuter une par une dans un désir de pluralité vraiment appréciable.     

Evidemment, vous affirmer qu’Uprise fait intégralement partie de la sphère Hard-Rock serait mentir, mais c’est justement cette incartade extra muros qui rend le groupe si attachant. Il n’en reste pas moins que moi, solide réfractaire à ce genre de combos ait craqué dans les grandes largeurs pour ces chansons faussement simples mais réellement accrocheuses, et ça, c’est un indicateur auquel vous pouvez accorder votre confiance.

Pas l’album du siècle, mais ils n’ont jamais prétendu être des précurseurs… 

Juste un bon disque de Rock/Hard-Rock délicatement alternatif, touché par la grâce de la sincérité, sans se départir d’une jolie énergie qui se manifeste à intervalles réguliers. Et qui plus est, enrobé dans une belle production qui n’en fait pas trop, mais qui sait respecter l’espace vital des morceaux, et leur identité.

Une bien belle façon de débuter la semaine. 

Ah, et oui, Manda est très belle. Mais ça à la rigueur on s’en fout. Ce qui compte, c’est qu’elle chante d’une voix presque irréelle, fragile comme le cristal, mais solide comme le diamant. Et ça aussi, c’est assez rare pour être souligné.

Un peu comme un rêve éveillé du dimanche qui mène au lundi matin.