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Grind Powerviolence - USA - 1er Juillet 2016 - 7 titres – 12 minutes

Ni un temps ni une époque propice à l’empathie et à la collecte de petites fleurs pour faire des colliers qu’on accroche au cou des demoiselles. Violences policières, corruption qui gangrène, bisbilles étatiques de toutes sortes, actes terroristes, le monde va très mal.

Est-ce pour autant que l’individu doit se recentrer sur lui-même et rejeter en bloc tout ce qui vient de l’extérieur ? On le sait, le communautarisme n’a pas fonctionné, les idéaux des 60’s sont morts à Altamont, et aujourd’hui, ce sont des notions comme l’égoïsme et la violence qui font loi. 

Welcome…to the world…

 

Les Arizoniens de BLANK LOOK (Tanner Bongrad, Sad Bryan Greenberg, Dill Matola, Rollie Party Rathburn, Yung Soi Bean Max Weidle) vous proposent d’ailleurs une petite visite guidée du leur. Ne vous inquiétez pas, la dite visite est brève et ne dure que douze petites minutes. Mais en ce temps bref imparti, vous comprendrez vite que leur vision de l’humanité n’est guère plus positive que la vôtre. Si tant est que vous y portiez un regard lucide et non pas éteint comme semble le suggérer leur nom…Pas énormément d’infos à leur sujet, quelques publications antérieures, une démo et un EP éponyme, et puis quelques phrases et accroches sibyllines lâchées à la volées…S’ils sont censés être le groupe que « ta copine adore », il faut admettre que la copine en question doit avoir des goûts très ciblés et plutôt glauques.

Le quintette propose en effet un Powerviolence à tendance Grind plutôt lourd et gras, qui pourrait nous faire croire à tort qu’ils viennent d’Angleterre. Son très épais et concentré, fréquences graves overboostées, et furie ambiante très dense qui vous fait valdinguer dans ses accès les plus sauvages.

 

Alors, Ok. Just guys writing riffs ? C’est une façon de voir les choses, et assez vraie d’ailleurs, car ceux qu’ils proposent sont teigneux et accrocheurs.

Sur les sept pistes de cet EP, pas grand-chose à trier. Tout est bon et puissant, certes plutôt classique et formel, mais leur démarche à mi-chemin entre la férocité des NAILS et la tension des GAZA est loin d’être inintéressante. La production est quasiment un modèle du genre, avec un traitement qui évite les échos intempestifs et qui parvient même à rendre le feedback constructif et musical. Un son de guitare qui les rapproche de la vague Death US du début des 90’s, une rythmique qui impose ses idées sans suivre bêtement le schéma tracé, et un chant bien vilain, un peu sous mixé, qui hurle son ironie avec une belle conviction. En gros, le genre de EP qui tue sur place, mais qui laisse les idées claires. 

Un peu de double grosse caisse version économique, mais surtout beaucoup de guitares qui prennent leur temps et laissent de sales traces dans les oreilles.

La version lente et oppressante est sans doute la plus fertile, et un morceau comme « Ill Since Birth » et son message désabusé est un modèle du genre. Un peu ENTOMBED sur les bords, avec l’approche maladive et sournoise du BRUTAL TRUTH le plus roublard, mélange de riffs gras post mortem et de larsen travaillé pour tomber à point, c’est une sale conclusion qui laisse sur les rotules et fait mal à l’âme. 

Mais l’option vitesse pure n’est pas à occulter, car dans ce cas précis, les BLANK LOOK savent foncer droit devant en lâchant quelques blasts vraiment incontrôlables. Ainsi, avec la doublette infernale « Piss On My Grave » et « Nosebleed », les Américains s’imposent sur le terrain difficile du Powerviolence un peu tordu, en collant des breaks finauds pile là où on ne les attend pas, et en faisant preuve d’une maîtrise instrumentale diabolique. Evidemment, tout ceci est éminemment bruyant, mais s’avale d’un trait, en laissant la gorge qui picote légèrement.  

D’un autre côté, « Shattered » propose en intro des percussions hypnotiques lourdes, pendant que les guitares se laissent aller aux joies d’un feedback pas si assourdissant que ça, alors même que le tempo finit par s’écraser. Indus qui vire au Sludge/Doom cauchemardesque, c’est une belle retranscription non musicale d’un monde malade qu’on regarde agoniser, les yeux remplis de…vide. 

La douleur. Oui finalement, c’est certainement le seul sentiment encore tangible à notre époque, quelle que soit son origine. Et les BLANK LOOK le matérialisent très bien. Powerviolence, Sludge tendu, Grind, les armes sont affûtées et le ton blasé.

Mais l’efficacité est…terrible.

 

Welcome…to your world.