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Relapse Records - Hardcore Métallisé - USA - 29 Juillet 2016 - 12 titres – 32 minutes

« C’est comme le reste tu sais, si ça fonctionne alors…pourquoi te faire chier ??? » 

C’est comme ça que Human Furnace résume le huitième album de son groupe RINGWORM. Et après tout, il a raison le bougre, qui irait le contredire ? Certainement pas les fans de ce groupe qui existe depuis 1991 et qui a sorti son premier effort, The Promise en 1993. Depuis, des promesses, ils en ont tenu. Et ils continuent puisque Snake Church ne décevra certainement pas la fanbase d’un des plus anciens groupes de Cleveland, qui pourrait même se targuer d’être un des porte-paroles les plus forts en gueule de sa ville et de son état.

 

Enrôlés dans l’écurie Relapse depuis leur précédent Hammer Of The Witch, Human Furnace (chant), Matt Sorg & Mark Witherspoon (guitares), Ed Stephens (basse) et Ryan Steigerwald (batterie) continuent de tracer leur route sans se poser de questions inutiles. D’ailleurs, leur Hardcore lourdement teinté de Thrash n’en nécessite aucune, même si nous n’évoluons pas en terrain Crossover, ce qui peut sembler étrange au vu des ingrédients employés. Non, la musique de RINGWORM a toujours été franche du collier, mais un peu fourbe sur les bords. Il a toujours été difficile de savoir si le quintette s’affiliait plus facilement au monde du Hardcore qu’à celui du Metal, et en définitive, vingt-cinq ans après leur création, la réponse est toujours la même : 

Rien à carrer.

 

Le but de tout ceci est de vous remuer les naseaux en vous y collant un bon bourre-pif, sans chercher les compresses dans le tiroir à pharmacie. Enregistré et produit par Ben Schigel (CHIMAIRA) aux Spider Studios et mixé par Brad Boatright aux Audiosiege (NAILS), Snake Church est un concentré de colère Core aggravée par des poussées de fièvre Metal, dans la plus grande tradition revendicatrice du groupe. Comme d’habitude, le quintette ne s’est pas pris la tête et a laissé parler sa nature profonde, et le résultat est à la hauteur des deux années d’attente de son following. Avec ce huitième effort, les accros en auront pour leur compte, puisque ce serpent d’église mord autant qu’il ne louvoie entre les bancs de l’édifice. 

« Lorsqu’il est temps d’enregistrer un album, au lieu de se lancer dans un gros boulot de pré-production, nous abordons le tout de manière logique. On commence à écrire, on lâche tout et on enregistre. C’est aussi simple que ça. »

 

Et à l’écoute des douze nouveaux morceaux de la bête de Cleveland, il ne me viendrait pas à l’idée de chercher des virgules oubliées dans la prose du tempétueux vocaliste. Ici, tout sent l’urgence, la testostérone, l’énergie et tout ce qui va avec. Rien de nouveau, on reste dans une lignée de carrière cohérente, mais une fois de plus, les cinq musiciens frappent fort, et ce nouveau répertoire risque de faire des dégâts considérables on stage. On oscille toujours entre bourrasques violentes de fièvre aux rythmiques puissantes et véloces et pamphlets Hardcore sur fond de mid tempo hargneux, parfois lourd, qui font monter la pression, qui elle-même ne redescend jamais. 

Impossible de dire s’il s’agit là d’un des meilleurs albums du combo, mais il fait assurément partie du haut du panier et s’accorde parfaitement à son époque.

Bande son de temps troubles, Snake Church fustige toutes les injustices sur fond de Core salement métallisé, et touche le centre de la cible en bien des occasions. On y retrouve ce subtil mélange de haine instrumentale directement héritée des AGNOSTIC FRONT et de la scène NYHC, du Métal torride des PANTERA et du Néo Sludge contemporain, le tout saupoudré d’une large cuillérée des vocaux uniques et véhéments de Human Furnace qui est toujours le haut-hurleur le plus efficace de sa troupe. Si vous n’avez jamais vu ce mec live, courrez-y lorsqu’il passera près de chez vous, et ce huitième album vous donnera en amont un large aperçu de ses capacités vocales incroyables. 

Mais un chanteur ne serait rien sans un soutien de poids, et rarement les guitares de RINGWORM auront sonné si épaisses et larges. Qu’on passe d’une charge brute et féroce comme « The Razor And The Knife » qui vous enserre la gorge pour mieux vous faire comprendre son point de vue, à un mid tempo accrocheur qui dégénère en folie pure tel que « Destroy Or Create », le talent des natifs de l’Ohio éclate une fois de plus à la face d’un monde qui ne demande qu’à se révolter.

Ce LP est truffé de petites bombes Core ras la gueule, et ridiculise en un seul morceau les carrières globales de groupes comme BIOHAZARD.     

On ne se refuse rien, basse lourde et brillante (« Shades Of Blue »), titres plus longs et à ambiance un peu poisseuse (« Believer », « Snake Church » qui passent par tous les tempi possible, se perdant même dans des déluges de blasts), broncas Hardcore lourdes comme un futur incertain (« Brotherhood of the Midnight Sun », mon Dieu cette volée de chœurs guerriers…), enfin tout ce qui a fait le succès de ce groupe depuis le début des années 90. Quelques soli pour valider son appartenance à la scène Métal, et finalement, un huitième album qui cogne vraiment fort. Que demander de plus ? 

Ben rien.

 

Snake Church, c’est la réalité qui vous rattrape après une échappatoire illusoire. C’est un pied de table basse qui vous détruit le petit orteil au réveil. C’est le poing d’un gus que vous avez regardé un peu trop fixement qui vous arrive direct dans la gueule. Les gros titres catastrophiques des journaux un lendemain de cuite. Et c’est surtout une nouvelle étape dans la carrière d’un des plus dignes représentants de la scène Hardcore de Cleveland. Une carrière qui n’est pas prête de s’arrêter. 

Heureusement d’ailleurs. On a toujours besoin d’une bande de potes qui vous permettent de garder les pieds sur terre. Pas drôle certes, mais salvateur quelque part.