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Sell Your Soul Records - Messer Core - Allemagne - 29 Avril 2016 - 13 titres – 39 minutes

Si le bruit du succès qui s’écrase sur vos frêles épaules ressemble au barouf que produisent les CUT, alors effectivement, il en faut pour le supporter. Pourtant habitué des trucs bien Heavy et moches, je dois reconnaître que j’ai pris un gros bloc de ciment sur les oreilles, et croyez-moi, l’euphémisme n’est pas si loin que ça…Connaissez-vous et suivez-vous ma prose ? Si tel est le cas, alors vous savez que je vous ai déjà entretenu du cas très étrange des Allemands de CUT, à l’occasion du split qu’ils avaient sorti avec EMPTY il y a quelques temps. Leur Messer-Core m’avait grandement intrigué, et j’en demandais clairement plus. Et j’ai été comblé au-delà de mes espérances.

 

Sans vraiment savoir à quoi correspond ce style, je viens d’en avoir un aperçu en longue durée, et j’ai encore beaucoup de mal à m’en remettre. Et sans rentrer dans les détails, et pour paraître un tantinet plus clair, imaginez une sorte d’Indus vraiment lourd à la GODFLESH un dimanche matin en pleine friche urbaine, dont la puissance serait augmenté d’une énorme dose de Sludgecore si compacte que même un pou ne saurait y tracer sa route. Mélangez le tout dans une gigantesque bétonnière de Hardcore corrosif, options TRAP THEM/UNSANE, jouez le tout comme si votre premier album de GOD IS LSD en dépendait, et avec un peu de chance, vous obtiendrez un cocktail ressemblant à ce Stories Of Success.

 

Avec un son si massif qu’on en perdait la route de son cimetière des éléphants, le trio germain (Arne, Claus, Michael) s’offre une première réalisation atypique, fort peu emphatique, qui transforme le premier album de Phil Anselmo and the Illegals en jolie bluette pour adolescents en manque de Chica Vampira. Je vous semble un poil enthousiaste ? Alors posez vos délicates esgourdes sur le premier morceau, qui n’est qu’une intro de plus, et dites-vous que l’ensemble de l’album y ressemble, distorsion de mammouth comprise dans le prix. Simple. Ecouté au casque, vos pavillons en saignent. Ecouté sur des enceintes de qualité rendant hommage aux graves, la pièce en tremble. Plus qu’un cauchemar sonore, ce premier LP à des airs de retranscription de la réalité moderne au nom d’une déviance artistique salvatrice, mais relativement peu complaisante. 

Construit assez étrangement, ce LP propose onze morceaux très courts et intenses, avant de se lâcher corps et âme durant un traumatique et cathartique « Silence Violence ». Ce segment, lancinant, profondément nihiliste, aurait pu être produit par une association entre une mouture revancharde d’UNSANE, et un Alan VEGA subitement converti aux joies du Sludge industriel. Feedback, riffs qui se plantent comme des clous dans le cercueil de la mélodie, voix sous mixée qui vomit sa bile, et rythmique qui porte le fardeau de milliers d’années de civilisation à la dérive, c’est un spectacle sonore peu rassurant, mais terriblement honnête. Mais tout ça ne constitue pas un album, et le reste n’est pas plus brillant sous la lune de mort…

 

Il est évidemment impossible de réduire l’album à ce pamphlet presque final (vous avez droit à un bonus track, mais je n’en dirai pas plus), et ce qui le précède tient de la suite de saynètes logiques, de vignettes glauques sur le monde, qui s’enchaînent sans vous laisser reprendre votre souffle. Le modus operandi du trio est souvent le même, mélange de stridences très irritantes, de pulsions rythmiques sauvages, tribales, linéaires ou heurtées, de lignes vocales à l’agonie, et de parties de guitares qui semblent singer les fréquences d’une basse sous accordée. Certes, j’en conviens, tout ça laisse songeur. Et pourtant l’effet est maximal, d’autant plus qu’en version digitale (cinq euros sur leur Bandcamp), toute cette première partie de onze titres dépasse juste les deux fois dix minutes. 

Ce sens du danger qui exhale des pistes de Stories Of Success ne vous lâchera pas. Les accélérations et décélérations sont brutales et impromptues, les attaques en piqué des riffs circulaires de même, rien n’est fait ici pour que vous puissiez vous sentir en sécurité.

La musique de CUT dérange, pilonne, écrase, concasse, irrite, mais ne laisse jamais indifférent, malgré une grosse cohésion de ton. Et pour un premier album, certes rodé par plusieurs sorties antérieures, c’est un coup de maître qui va laisser des remous dans le cloaque de l’underground Core Européen. Je me demande même ce que tout ça peut donner en live.

Un autre cauchemar sans doute. 

Mais…

 

Si vous cherchez plus prosaïquement un album qui vous fasse passer du Sludge à l’Indus en vous cognant d’une rage Hardcore, qui évoque NAILS, GODFLESH, UNSANE, et surtout, qui ne fait aucun compromis de gravité, alors soyez heureux.

L’histoire du succès vous est offerte par la maison Allemande.